6 questions avec Fabrice Vezin / E-santé

12/06/2013 20:56

6 questions avec Fabrice Vezin, consultant en e-santé
 

        1. Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre blog ?

Je me nomme Fabrice Vezin, après avoir passé 17 ans au sein d’un laboratoire pharmaceutique dans des fonctions liées à la mise en place de l’intranet et l’internet, j’ai suivi un cursus universitaire concernant le marketing et Commerce sur internet. Aujourd’hui, je suis consultant en e-santé.

Depuis 2 ans, je suis également responsable éditorial d’un blog d’information sur la e-santé « lemondedelaesante ». Blog qui a démarré lors de la rédaction de ma thèse, me permettant de diffuser les nombreuses informations collectées autour de la e-santé. Depuis, via mon blog, je continue d’analyser l’évolution du secteur et d’identifier les grandes tendances et le positionnement des acteurs (nouveaux et historiques).

        2. Quelle est votre définition du terme e-santé ?

En fait, je me rapproche volontiers de la définition retenue par la Commission européenne, qui consiste à présenter la e-santé comme  «l’application des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’ensemble des activités en rapport avec la santé ».

De manière plus globale, le terme d’e-santé (ehealth en anglais) désigne tous les aspects numériques touchant de près ou de loin la santé. Concrètement, cela concerne des domaines comme le Dossier Médical Personnel, la télémédecine, la prévention, le maintien à domicile, le suivi d’une maladie chronique à distance (diabète, hypertension, insuffisance cardiaque …), les dossiers médicaux électroniques ainsi que les applications et la domotique, en passant même par la création de textiles intelligents.

        3. Quels sont, selon vous, les objectifs de l'introduction des TIC dans le domaine de la santé ? Qu'apportent-elles ?

En préambule, signalons que la loi HPST “Hôpital, patients, santé, territoires” avec ses 2 piliers que sont la e-santé et la télémédecine a permis de donner un cadre à l’essor des TIC dans le domaine de la santé. Domaine qu’il convient de réformer, moderniser tant les problématiques économiques, organisationnelles, le vieillissement de la population, la répartition problématique des professionnels de santé représentent des défis importants pour notre système de santé de demain.

L’apport des TIC dans la e-santé est notamment un élément primordial pour la captation des données médicales personnelles concernant chaque patient, permettant ensuite le partage et le traitement de ces informations, entre les différents professionnels de santé concernés.

Cet enjeu se retrouve notamment, dans la problématique du maintien des seniors et personnes dépendantes à domicile, avec l’apport technologique croissant autour de capteurs, écrans tactiles ou pas, smartphones dédiés, médicaments ingérables…

Dans l’attente d’une généralisation du DMP (dossier médical personnel), on peut déjà reconnaître que ces nouvelles technologies bousculent la pratique médicale au quotidien et les relations entre professionnels et patients.

En effet, on peut commencer par rechercher de l’information santé, que l’on soit particulier ou professionnel de santé (base médicaments, scores, colloques..)puis échanger entre patients (forums sur Doctissimo…).

De même, on peut recourir à l’automédication via des applications mobiles, ou avoir des conseils médicaux de la part de médecins, via des sites de conseils médicaux en ligne (medecindirect,wengo,francemedecin…).

Il est également possible de se renseigner sur l’interaction entre médicaments (infos-medicaments.com)  ou avoir des informations sur les médicaments de son armoire à pharmacie via des applications qui scannent le code datamatrix de la boite.

La e-santé donne même naissance à des tendances qui se tiennent à la limite entre la santé et le bien-être, à l’image du Quantified self. Grande tendance qui regroupe les notions de wellness, Healthing, reposant sur l’usage d’objets connectés (le pèse-personne Withings, le bracelet Up de Jawbone, le podomètre Fitbit…). Des outils permettant de suivre et éventuellement d’influer sur son comportement afin d’être vigilant sur son hygiène de vie, son maintien de forme. Un type de prévention qui va se faire par le suivi de ses données récoltées.


        4. Y a-t-il des risques liés à la e-santé ? Notamment le fait que n'importe qui peut prendre la parole sur internet, ou encore la confidentialité des données personnelles...

Personnellement, je ne vois pas de risques particuliers liés à l’essor de la e-santé.

Suivant son cadre d’utilisation, elle se présente comme un complément à la médecine « traditionnelle »  en offrant des possibilités de suivi entre le professionnel et son patient, un moyen de collecter de l’information entre 2 consultations, ou permettant d’intervenir dès l’apparition de données médicales non conformes à un état de santé attendu pour un patient suivi à distance.

Dans d’autres cas, la e-santé peut se présenter comme une alternative, en facilitant notamment l’automédication  avec des applications mobiles telles que « le top des médocs » (pour les médicaments sans ordonnance). D’ailleurs, une enquête datant de 2012 sur la santé mobile pour PwC (PricewaterhouseCoopers) révélait que 59% des patients interrogés, utilisant déjà les services de santé mobile, ont remplacé des consultations de médecins ou des soins infirmiers.

La e-santé engendre une évolution des usages utilisateurs. En effet, toute cette chaîne de valeur repose sur de l’information personnelle plus ou moins médicale, qu’elle soit saisie manuellement par l’utilisateur/patient ou  collectée via divers capteurs ou devices. Un sentiment de confiance peut s’instaurer avec l’apparition de sites labellisés, avec la communication autour de l’agrément nécessaire pour l’activité d’hébergeur de données médicales….

La notion de partage est également une composante importante. Selon le niveau de sensibilité de l’information, on n’hésite plus à partager ses courbes de suivi avec les membres de sa « communauté » via les réseaux sociaux, quand il s’agit de suivre un régime alimentaire, un arrêt de tabac ou des performances sportives. Par ailleurs, l’essor des offres de fiches santé en ligne, type Sanoia, démontre que l’on accepte de saisir des informations plus sensibles, liées à sa santé, du moment que la confiance est établie entre l’utilisateur et la plateforme hébergeant la donnée.

On l’a bien vu avec les premiers succès des forums santé sur le site Doctissimo, où les internautes venaient échanger autour de pathologies, ou de sujets plus intimes.

        5. Où se positionne la France par rapport aux autres pays européens dans le domaine de la e-santé ?

Difficile de répondre à cette question. Toutefois, on peut se rappeler un rapport datant de 2008 réalisé pour la commission européenne, sur l’usage des TIC par les médecins généralistes européens, où la France était est en 19ème position sur les 29 pays évalués.

La même commission européenne, a dévoilé en décembre dernier, un plan d’action pour le développement de la e-santé sur la période 2012 – 2020. Fixant ainsi l’attribution de moyens mis à disposition: financements, projets de recherche, aides aux créations d’entreprises, aux services publics locaux, évolution du cadre législatif européen…Un chantier sur l’amélioration de l’interopérabilité des systèmes informatiques de e-santé des états membres est également mis en place dans ce cadre.

En attendant, on peut constater que sur les sujets de télémédecine et télésanté, les pays nordiques ont une avance par rapport à la France, en termes de stratégies et d’organisations. Cela peut s’expliquer notamment par la nécessité de répondre aux problématiques dues aux conditions géographiques et climatiques et de proposer un meilleur accès aux soins dans des zones où la ressource médicale est rare ou éloignée.

Notons toutefois qu’en 2011, 256 projets de télémédecine ont été recensés en France. La moitié prennent en charge des patients, de façon opérationnelle (113) ou encore expérimentale (27), les autres activités en sont au stade de la conception du projet.

De même, et à un moindre niveau on peut constater des évolutions au niveau national, des signes qui démontrent que les lignes sont en train de bouger, notamment au sein du corps médical: la parution fin 2011, du livre blanc du CNOM « déontologie médicale sur le web » à l’attention des médecins.

Les derniers chiffres parus dans le cadre du 2ème baromètre consacré aux « médecins utilisateurs de smartphone » (partenariat CNOM/VIDAL - l’Observatoire des « Usages Numériques en santé »°. On y apprend notamment que 94 % des médecins interrogés utilisent leur Smartphone à une fin professionnelle ou mixte ; les applications de base de données médicamenteuses sont davantage téléchargées par les médecins (89,6% en 2013 contre 68% en 2012). Que 56% d’entre eux possèdent également une tablette.

On le voit, l’environnement évolue, les pratiques médicales également. Exemple en France, toujours selon le baromètre VIDAL/CNOM, seulement 8% des médecins utilisateurs de Smartphones recommandent une application santé à leur patient. Alors qu’outre-manche, le National Health Service (NHS) incite les médecins anglais à préconiser des applications médicales auprès de leurs patients, applications à choisir parmi une liste de près de 500 applis référencées. Chaque pays avance à son rythme.

Enfin, autre domaine où les choses avancent, celui de la vente en ligne de médicament (sans prescription). Les autorisations mise en place en début d’année, sont en train de bouleverser le secteur du marché officinal français. Les internautes ne vont pas tarder à indiquer leur intérêt éventuel pour ce nouveau mode d’achat.

        6. Aujourd'hui, peu de professionnels de la santé reçoivent une formation à la télémédecine. Peut-on s'attendre à une hausse de la formation dans ce domaine ?  

En effet, d’après une étude réalisée en 2011 par l’OPIIEC (Observatoire Paritaire des Métiers de l'Informatique, de l'Ingénierie, des Études et du Conseil), il n’existe pas à ce jour, de poste  spécifiquement dédié à la télémédecine ou à la télésanté chez les offreurs de soins.

Le rapport indique que la formation des professionnels de santé à la télémédecine reste encore faible et informelle, se formant de façon ponctuelle à l’occasion de leur participation à un projet de télémédecine et cela sans différence de fonction actuellement occupée.

Cela s’effectue différemment selon les circonstances, soit le personnel était formé spécifiquement par la société fournissant le matériel ou le dispositif médical, soit il s’ « auto-formait » (séminaires, revues médicales, transmission de connaissances), soit enfin un spécialiste-télémédecine s’occupait de coordonner le projet et supprimait ainsi tout besoin.

Il est clair qu’une intégration, aux études initiales, de cours sur l’avènement de la technologie sur la santé, devient incontournable. La majorité des professionnels de santé devra acquérir des compétences en e-santé (technico médical, organisation…).

Le même rapport indiquait même à terme, la naissance de fonctions nouvelles autour de postes spécifiques de spécialiste-télémédecine dans certaines  équipes médicales.

Plus proche de nous, et selon de nombreux spécialistes de la e-santé, les communautés en ligne de professionnels sont incontournables dans « la formation » des praticiens via leurs espaces d’échanges. Au sein de ces espaces, divers acteurs du marché peuvent ainsi, développer une offre de services envers les professionnels de santé, en répondant à ce besoin de formation, sous la forme d’apports de contenus, de coaching, d’éléments d’informations autour de l’évolution du marché de la e-santé.

            Pour en savoir plus:

    

            Twitter: @FabriceVezin

Par Andrea Pavesi.

 

Commentaires

www.mutuelle-zen.com

Mutuelle Zen 14/06/2013
Je lis le blog de Fabrice depuis quelque temps maintenant, et c'est un plaisir de le découvrir un peu plus à travers cet entretien. Il y aurait encore pas mal de choses à dire pour bien comparer les avancées en e-santé entre la France et les autres pays (notamment les Etats-Unis qui ont plusieurs incubateurs très dynamiques sur le sujet : Rocket Health par exemple).

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